En 1993, un professeur américain de sciences politiques, Samuel Huntington, affirmait que le monde se trouvait confronté à un « choc des civilisations ».
Pour lui, après la chute de l’URSS et la fin de la Guerre Froide, ce ne sont plus les idéologies qui dominent les relations internationales mais des principes « civilisationnels ».
Le concept est simple (et c’est sans doute là que réside ses limites) : le monde serait divisé en 7 ou 8 civilisations, parmi lesquelles la civilisation musulmane, la civilisation occidentale/chrétienne et la civilisation chinoise.
Commençons par ce concept de « civilisation ».
Celui-ci repose sur la culture des peuples concernés, notamment leur religion.
D’où une « civilisation musulmane » (en jaune) qui s’étendrait de l’Afrique du Nord à l’Indonésie.
Le souci, c’est qu’en regroupant tous ces peuples sous une seule bannière, celle de l’islam, Huntington réalise une simplification très dangereuse.
Sous prétexte de rendre plus lisible son schéma de pensée, il en vient à essentialiser l’identité profonde de ces populations (et donc de ces « civilisations ») dont la religion n’est en réalité qu’une composante parmi d’autres.
Parce que selon lui, désormais 3 civilisations principales s’affrontent : l’Occident, l’Islam et la Chine.
Dans le contexte des années 1990, Huntington adresse un avertissement à ses contemporains.
L’Occident serait sur la pente du déclin.
Pour éviter la déchéance, il doit prendre conscience de sa culture, de sa dimension « civilisationnelle », et surtout qu’il est à présent engagé dans un « choc » contre les mondes musulman et chinois.
Le constat est clair : cette théorie menace votre vision du monde actuel et de son passé.
En résumant une grande partie de l’identité et de l’histoire des peuples au seul facteur religieux, vous passerez non seulement à côté de la complexité des phénomènes contemporains.
Mais vous développerez en plus une vision complètement erronée de l’histoire.
✅ Ça tombe bien, mon but est précisément de vous aider à sortir de ce schéma simpliste.
Si elle n’a pas suscité tant d’adhésion au début des années 1990, ce fut tout l’inverse par la suite.
Car pour rendre crédible une théorie, rien de tel que sa validation dans la réalité.
Depuis deux décennies, de nombreux penseurs, diplomates et politiciens, ont vu dans divers évènements du XXIe siècle la confirmation des idées d’Huntington.
Attentats du World Trade Center (11 septembre 2001), guerres d’Afghanistan et d’Iraq (2001 et 2003), essor du fondamentalisme musulman et du terrorisme islamique (exemple : Madrid, en 2004) etc…
Pour nous Français, il y a les récentes vagues d’attentats et les grandes questions sociétales concernant la place de l’islam dans notre République.
Le cours des années aurait donc avalisé la thèse d’Huntington.
Nous nous trouverions bien face à un « choc des civilisations ».
Pire encore, pour de nombreuses personnes, cette histoire conflictuelle remonterait au VIIe siècle, à la naissance même de l’islam.
Depuis quasiment 1500 ans, seules la violence et la volonté de domination caractériseraient les relations entretenues entre Occident et monde musulman.
Une opposition résumée à un seul et unique facteur : la religion.
Et c’est tout à fait normal.
Nous vivons dans un contexte extrêmement complexe.
D’un point de vue national, nous sommes confrontés à des crises sociales, économiques, politiques, voire existentielles (avec la question mentionnée plus tôt).
Quant à la situation internationale, il est clair que de profonds changements bouleversent le monde.
Or, s’il y a bien une chose que l’homme n’aime pas, c’est l’évolution.
Ou plutôt, celle qu’il ne parvient pas à comprendre clairement et encore moins à contrôler.
Face à tant d’incertitude, notre instinct éprouve un besoin irrépressible : être rassuré.
Dans un monde d’une profonde complexité, l’homme recherche une clé de lecture.
Un schéma simple grâce auquel il pourrait rendre évident ce qui paraissait il y a peu comme profondément incertain.
Soudain, apparaît alors le « choc des civilisations ».
Et comme un coup de baguette magique, tout s’éclaire !
Bien sûr, cette vérité est illusoire.
Mais qu’importe ! De nombreuses personnes y adhérent.